par Sophie Ginsky
par Sophie Ginsky
C’était un petit jeu qu’on partageait avec Juan, un très bon copain, si tu vois ce que je veux dire. Juan est d’un genre petit et costaud. Une sorte de cube, trapu. Il tient sa carrure de son père, un Franco-Espagnol jovial, et aussi du rugby qu’il a pratiqué à haute dose. Pour le dire autrement, quand Juan te serre dans ses bras, il faut parfois lui mordiller un lobe ou une joue pour qu’il se rende compte qu’il y va fort et qu’on pourrait avoir envie de respirer !
Juan aimait bien me mettre au défi avec sa force. C’était toujours pour rire, et il n’en a jamais, absolument jamais abusé. Au début qu’on se voyait, il aimait me provoquer au bras de fer. Je suis peut-être un peu crédule,mais j’avais entendu dire que le bras de fer, c’était une question de force mais aussi de positionnement du bras et des mains, et de la régularité avec laquelle on maintient la force. Et donc, avec Juan, à chaque fois qu’il me disait, Viens je te prends au bras de fer, je disais, OK ! Invariablement je finissais vexée comme un pou sur son cheveu coupé, dégoûtée.
Une position limite obscène
Et puis un jour, je ne sais pas, Juan a dû m’énerver un peu plus que d’habitude, je me souviens qu’il riait devant ma tronche dépitée. On venait de faire l’amour, on était encore nu.e.s. Je lui grimpe dessus, il se débat mollement, il rit beaucoup. Il est sur le dos, je coince ses bras sous mes tibias. Je lui dis, Tu vas t’excuser, maintenant.
Il rit encore, et soudain, il ne rit plus. Il regarde ma chatte ouverte devant lui. Il me regarde.
Crois-le ou pas, dans le jeu, je n’ai même pas pensé que j’étais nue, que j’allais me retrouver dans une position limite obscène, vulve en avant.
Juan gonfle alors ses biceps, et je sens ses pecs sous mon cul. Mais non, pas question qu’il se relève, et je le lui dis. Il rit, mais moins franchement. En fait, j’ai l’impression qu’il ne sait plus trop comment se comporter. Moi, je me sens hyper forte, et pas question que je lâche. Je lui chope le nez d’une pichenette : tu crois pas que tu vas jouer au boss et moi à la petite femme !
Un ange passe
Il parvient à bouger les avant-bras suffisamment pour que ses mains attrapent mes fesses. De mon côté, je l’ai chopé par les cheveux, je serre. Mais je sens bien que ma position me rend vulnérable : s’il veut, en un coup de hanche, il m’éjecte. Alors je repositionne mes tibias pour lui bloquer les bras au maximum, je me fais la plus lourde possible.
Un ange passe.
Ma volonté fond comme neige au soleil. Juan le sent, et il se libère en un geste, me chope les bras, me renverse sur le dos. Il bande, bon sang, il bande sérieusement !
Son corps contre lequel j’ai lutté, que j’ai senti contre moi, me manque soudain. J’ai l’impression d’être nue et d’avoir froid.
Cette bagarre, nous l’avons rejouée plusieurs fois. Je sais bien que Juan me laissait un peu de marge parce que ça lui plaisait que nos corps se frottent de manière inhabituelle, de percevoir mes muscles (j’adorais sentir les siens se tendre). C’était un chouette jeu. Je n’y ai jamais rejoué depuis - affaire de personnalités, j’imagine.
crédit photo : lilartsy sur unsplash