Le cuckold, un jeu de domination-soumission 

par Jérémy Jourdain

 

par Jérémy Jourdain

 

T’es-tu déjà demandé ce qui se passait dans la tête d’un de tes potes ? As-tu déjà fait face au fossé entre la réalité et le fantasme. Tu me diras, puisqu’il s’agit d’un de mes potes, ça ne me concerne pas directement. Mais cette histoire m’avait pas mal remué à l’époque. Et elle m’a fait me poser pas mal de questions sur ce que c’est que « la norme ». 

Disons que mon pote en question s’appelle Marvin, ouais, comme, le chanteur. Il a d’ailleurs une super voix - qui fonctionnerait très bien chez VOXXX, ah, ah! - et, bref, on est là, avec Marvin, en train de préparer la fête de notre club de kung-fu : dans un parc, autour de quelques tables pique-nique, c’est la fin d’après-midi. 

 

“Lui, il va se régaler”

Marvin est sur un escabeau, il accroche les guirlandes de fanions du club dans les arbres. Je me rends compte qu’il regarde une bande un peu plus loin, qui pique-nique.  “Lui, il va se régaler”, il dit en me montrant un type, assis un peu plus loin le dos contre un arbre, en train de mater une femme assez sexy qui discute avec un autre homme. Je ne comprends rien à ce que dit Marvin. “Le mec assis par terre, c’est un cocu. Tu vois comment il mate sa nana, celle qui a le décolleté ? Tu vois comment l’autre mec la regarde ?” Marvin descend de l’escabeau sans lâcher les trois autres du regard. "Ce genre de situation me rendent dingue”, il dit à voix basse.

D’abord, je ne comprends pas bien ce qui le traverse. Je crois que la scène réveille chez lui une forme de souffrance mais pas du tout. Devant mon air incrédule, il m’explique : “C’est des trucs que tu repères quand tu es concerné. Moi, je tripe sur le cuckold : le fait que d’autres hommes regardent ma compagne. La désirent. La draguent, même.” Il baisse la tête et murmure : “ J’aime voir ma nana faire l’amour avec d’autres mecs.”

Là, j’avoue, je ne sais pas trop quoi dire. Je suis entre la curiosité de ce que me dit Marvin, et un réflexe qui me dit, C’est pas tes affaires, Jérem. Mais bon, OK : la curiosité l’emporte.  “C’est un truc que tu pratiques couramment?”, je demande. Marvin m’explique qu’il a toujours eu ce genre de fantasme (il a peut-être trente-cinq ans), mais que ce n’est que lors de sa précédente relation qu’il a pu le concrétiser : “C’est venu petit à petit, avec A. Elle avait bien compris que j’aimais marcher derrière elle. Elle croyait que c’était juste pour la mâter. Mais c’était surtout pour voir les autres mecs la désirer. Un jour, en vacances, elle est venue me retrouver avec un haut blanc sans soutien-gorge. Juste le fait de penser qu’elle s’était trimballée comme ça dans la ville, que les hommes avaient vu ses tétons pointer, je bandais comme un dingue.”

 

Je veux savoir.

A ce moment de la discussion, je suis un peu gêné parce que quand même, Marvin, c’est pas mon meilleur pote. Et puis son histoire m’excite un peu, forcément. Mais je ne peux pas l’interrompre. Je veux savoir. 

“Après, il y a l’épisode du bus. A. est en jupe courte avec un autre haut transparent. Il y a du monde. Un homme la regarde. Il est plus âgé que nous, assez classe en costume. Elle a les joues rouges mais elle soutient son regard. Et puis elle me regarde. Il comprend. Il lui parle à l’oreille. Elle me regarde. On a discuté la veille de ce dont on avait envie, les choses sont claires. Elle hoche la tête. A l’arrêt suivant, elle me fait un signe de tête et le suit. Et à mon tour je les suis.”

Tout ça est assez excitant, et je dois même interrompre Marvin quand il me raconte sa femme prise par le type debout contre une voiture pendant que lui les mate. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de comprendre ce qui lui plaît dans le fait de donner sa nana en pâture. Est-ce que ce n’est pas un peu la considérer comme un objet ? 

C’est un jeu de domination-soumission, m’explique-t-il. Et comme tous les jeux de ce genre, il est d’abord très important que chacun exprime ses limites, ce qu’il.elle n’aimerait pas, ne tolérerait pas. Et, au contraire, ce qu’il.elle aime plus que tout dans ce jeu. A partir de là, chaque expérience mérite qu’on en parle a posteriori pour éviter tout quiproquo. Et aussi parce que le fait de tout remettre en mots ensemble, ça permet de tisser des liens, de s’exciter à nouveau. “C’est aussi ça que j’adore, dit encore Marvin, ce moment où on s’excite en se disant ce qu’on a ressenti. Ca nous rapproche.”

 

Une relation spéciale

Marvin détaille ensuite les diverses sortes de cuckold (“cocu”, en français). “En général, les mecs aiment être humiliés, insultés. J’avoue que je ne vais pas super loin dans ce délire. J’aime juste voir ma compagne se faire brancher, et la regarder faire l’amour avec un autre. J’aime la frustration de ne pas pouvoir me satisfaire. Avec A., le cuckold avait créé une relation spéciale entre nous. A un moment, c’est parti en vrille. Elle voulait avoir ses amants en dehors de moi ; moi, je ne suis pas dans ce trip-là - mais plein d’hommes qui pratiquent le cuckold font ça. Encore une fois, c’est à chacun de définir ses limites, de les signifier. Et surtout de ne pas les dépasser pour faire plaisir à l’autre. Parce que là, tu peux être sûr que tout va se planter.”

 

Ce qui est d’ailleurs vrai pour tout type de relation, cuckold ou pas !

 

 

crédit photo : R. Polack "Le cocu magnifique"