Maternité : et si ça n’allait plus de soi ?

par Stéphanie Estournet

 

par Stéphanie Estournet

 

Parmi les gros changements vécus par les femmes dans cette première partie du XXIe siècle, la capacité de choix face au sujet de la maternité vient en tête de liste. En s’empouvoirant, les femmes bouleversent l’ordre ancestral. Revue de détail d’une révolution en cours.

 

“C’était mieux avant”, vous dira monsieur Michu. Chaque genre avait ses tâches et obligations (enfin, certaines, plus que d’autres), et les marmots étaient bien gardés. Dit autrement, les hommes chassaient, les femmes portaient la progéniture et assuraient le bien-être de tou.te.s. Mais ça, c’était avant. Car post-#metoo, les femmes se débarrassent des injonctions liées à leur genre, dont la maternité. Et la parentalité ainsi que ses attributions sont de moins en moins corrélées aux genres. 

 

Famille nombreuse

Aujourd’hui,selon une étude Ifop pour ELLE (octobre 2022), 13% des Françaises de 15 ans et plus interrogées préfèreraient une vie sans enfant, contre 2% en 2006. Et elles ne sont plus que 32% à rêver d’une famille nombreuse quand c’était un idéal de vie pour 49% d’entre elles il y a à peine quinze ans !

Plus impressionnant encore : 30% des Françaises en âge de procréer (soit pour l’étude entre 18 ans et 49 ans) interrogées déclarent “ne pas souhaiter avoir d’enfant maintenant ou plus tard” - contre 4,8% en 2010. 

 

Préoccupations écologistes

C’est parmi les femmes qui se disent féministes ainsi que celles qui sont “les plus éloignées du couple hétérosexuel” (aka les personnes queer) que le changement est le plus marqué, selon François Kraus, directeur du pôle Politique, à l’Ifop. Mais pas seulement. Car les préoccupations écologistes tiennent une place de plus en plus importante dans la réflexion autour de la maternité - ceci, d’ailleurs pour les hommes comme pour les femmes. 

Alors que nous serons 9 milliards d’être humains sur la planète en 2050, ils et elles sont de plus en plus nombreux à ne pas vouloir d’enfant. Ainsi, les Ginks (Green Inclination, No Kids), mouvement initié par l’éditorialiste du HuffPost, l’Américaine Lisa Hymas, renoncent à la fécondité au motif que plus nous sommes nombreux, plus nous polluons.

Mais des études viennent contrecarrer cette idée, avançant notamment que la dégradation de la planète est à imputer aux pays riches et à leurs modes de consommation - de manière totalement décorrélée, donc, du taux de fécondité. 

 

Sphère personnelle

Alors, faire un enfant ou pas ? Il est certain que la question, si elle existait à peine au siècle dernier, mérite aujourd’hui qu’on se la pose (si, bien sûr, on envisage de se reproduire). Les femmes existent enfin en dehors du rôle maternel, et le choix de “faire” un enfant - quel que soit le genre des parents - devrait pouvoir se faire après réflexion et en rapport avec nos engagements, notre environnement, au-delà, en fait de notre sphère personnelle. 

Pour ce qui est de se caresser, de s’embrasser, de se pénétrer, de se fesser, de se lécher, en revanche, on peut, dès lors que le consentement est partagé, consommer les yeux fermés (ou ouverts, affaire de goût). Miam !

 

crédit photo : Deon Black sur Unsplash