L’histoire de Zéphyr m’a rappelé un amant, que je ne vois plus malheureusement, mais avec qui je me suis beaucoup amusée.
par Sophie Ginsky
L’histoire de Zéphyr m’a rappelé un amant, que je ne vois plus malheureusement, mais avec qui je me suis beaucoup amusée. Ce que j’aimais chez Franz, c’est qu’il était joueur. Il voulait que nos rencontres soient fun. On n’avait pas grand-chose en commun en dehors des jeux du sexe (et c’est d’ailleurs pour ça que ça s’est fini), mais quand on se retrouvait, c’était chouette.
La nuit où je suis Mata Hari
L’un des grands kifs de Franz, c’était qu’on se laisse enfermer dans un endroit “interdit au sexe”. La première fois (et c’est pour ça que l’histoire de Zéphyr m’a fait penser à Franz), c’était dans un parc, au mois de juin. C’était un de nos premiers dates, on s’était donné rendez-vous après mon boulot. Je finis tard, et à peine installé.e.s sur une pelouse, le sifflet du gardien du parc retentit : “On ferme, messieurs-dames, on ferme.” Avec Franz, on commençait tout juste à se bécoter, et c’était trop bon d’être là, dans la fraîcheur de la verdure. On s’est levé, on a ramassé nos affaires, et puis Franz a posé sa main sur la mienne et m’a regardée d’un air entendu. Et puis il a dit : “Fais moi confiance.”
Alors je l’ai suivi, on marchait à pas de loup, évitant les vastes pelouses, préférant les bosquets d’arbres. C’était drôle. J’avais l’impression d’être une sorte de Mata Hari, s’échappant dans sa tenue de scène avec son amant pour fuir l’ennemi.
Le sifflet s’est éloigné, il s’est tu. Quand on s’est finalement arrêté.e.s sous des arbres, j’étais tellement excitée que je me suis collée à Franz, je lui ai dévoré la bouche dans le crépuscule, la nature autour de nous vibrant de mille petits bruits.
Rue du Faubourg-Saint-Honoré, un midi
Mais le moment qui nous a vraiment amusé.e.s et excité.e.s, Franz et moi, est venu par hasard. Franz venait d’avoir une promotion dans son job de geek, et alors il me propose un restau chic. Eh ! Ça ne se refuse pas, et nous voici rue du Faubourg-Saint-Honoré, un midi. Comme on arrive un peu tard, l’endroit se vide rapidement. On mange super bien, le service est au top, c’est un moment très sympa. Au dessert, on n’est plus que tous les deux, et on sent bien que ça s’agite vers la fin du service. Pendant que Franz récupère son vestiaire, je vais aux toilettes. Et là, j’entends gratter à la porte. Une fois. Deux fois. C’est moi, dit Franz à voix basse. Je lui ouvre la porte. Il a les yeux qui pétillent. Il me demande si j’ai envie. Je dis oui, et on s’embrasse, on se caresse comme des fous, en essayant de ne pas faire de bruit. Il s’agenouille entre mes jambes, et il me fait un cunni, et comme je me vois dans le miroir, ça me fait monter en flèche. Je dois me mordre les lèvres pour ne pas être trop bruyante.
On se dit qu’on va continuer chez lui. Il sort des toilettes, je le suis tête basse, persuadée que tout le personnel m’a entendue. Sauf que là : personne. La fille du vestiaire, le personnel de salle, la cheffe de rang.
Plus. Personne.
Les lumières sont éteintes, le rideau métallique tiré. on se regarde, avec Franz, et bientôt la stupéfaction laisse la place au fou rire. On vérifie quand même les cuisines. Ça se confirme : on est seul dans ce magnifique restaurant !
Alors on prend notre temps, on déplace deux tables, on s’installe sur les banquettes de velours. On fait l’amour en profitant de chaque instant, on se regarde comme pour se dire : c’est fou ce qu’on est en train de vivre.
On est sorti.e.s, ni vu.e.s ni connu.e.s, par la porte des cuisines. Inutile de dire qu’on avait tout bien remis en place, au carré. Je ne suis jamais retournée dans ce restaurant. J’en garde un souvenir un peu bizarre, comme un rêve. Parfois, je m’en rappelle au moment de m’endormir…
crédit photo : Dainis Graveris sur Unsplash