Est-ce que ça t'est déjà arrivé de vivre une expérience tellement forte que tu te la gardes en tête pendant les mois et les années qui suivent ?
par Jérémy Jourdain
Est-ce que ça t'est déjà arrivé de vivre une expérience tellement forte que tu te la gardes en tête pendant les mois et les années qui suivent ? Qu’elle devient l’un de tes principaux référents quand tu as envie de te faire du bien ? C’est un peu comme l’amour ou les rencontres qui changent ta vie : ce genre d’expériences, tu ne les anticipes pas, et soudain tu es en train d’en vivre une. Alors bien sûr, tu ne te dis pas : Ouah de ouf, je vais me garder ça dans un coin de ma tête pour les soirées d’hiver. Nan. Ça, ça se fait après. Mais quand tu es dans l’instant t, tu kiffes, tu t’envoles… Je te raconte.
Deux hommes, c’est compliqué
A l’époque, je suis en couple ouvert avec Lina (prénom modifié, il va de soi). On se connaît bien, y compris sexuellement, et je sais qu’elle aimerait aller faire un tour du côté de pratiques plus hard que ce dont on a l’habitude. Elle m’a proposé de la fesser, ce que j’ai fait. J’ai pas particulièrement tripé sur le geste lui-même ; par contre, j’ai adoré l’état dans lequel ça l’a mise, et comment elle avait l’air bien dans son rôle. Cool.
On a aussi fait quelques fois des plans à trois, surtout avec une autre fille. Lina dit qu’elle se sent pas hyper à l’aise avec deux sexes d’homme, elle a l’impression de ne pas pouvoir s’en occuper correctement. En même temps, elle en parle souvent de cette sorte de regret qu’elle a de ne pas trop savoir comment faire avec deux mecs. Bien sûr elle a - et on a - regardé des films pour se donner des idées. Mais dans la réalité “ça fait pas pareil, dit Lina. J’ai l’impression qu’il faut assurer, je me mets la barre trop haut.“
Et puis un jour, l’air de rien - on venait de faire l’amour tout tranquillou -, Lina m’approche toute gentille (c’est son truc, ça, la gentillesse). “Jérèm, elle dit, tu sais le plan à trois, avec un autre mec. Qu’est-ce que tu dirais si on ne se mélangeait pas ?
Je suis pas hyper enthousiaste, j’avoue. Mais j’ai une grande confiance en Lina pour ce qui est de notre communication au cours des rapports. Tous les plans qu’on a fait avec d’autres personnes se sont déroulés nickel parce qu’elle a fait en sorte qu’on soit tous les deux satisfaits (ouais, encore une charge mentale, sûrement).
Mais bref, je donne mon Go, on trouve un gars qui nous convient à tous les deux, le rencard est dans une chambre d’hôtel parce que le mec préfère et qu’il a l’air d’avoir ses habitudes : une chambre assez jolie, spacieuse et atypique, avec le cabinet de toilette derrière le vaste lit, protégée par une vitre. Lina a détaillé nos envies et nos limites.
Air de boss
Sur le moment, j’y vais surtout pour lui faire plaisir - un peu comme l'histoire de la fessée. Mais quand elle prend son air de boss pour m’ordonner de m’installer dans le fauteuil au pied du lit et de ne pas bouger, mon intérêt grandit - et mon sexe aussi. Je joue le jeu.
Elle est bientôt nue, en train de sucer le mec allongé au milieu du lit. d’où je suis, je vois des perles de plaisir sur les poils de sa chatte et son trou noir dans lequel j’ai trop envie d’enfoncer un doigt ou deux. Mais dès que je bouge, elle me lance un regard noir. Même quand je suis juste inconfortable à cause de ma bandaison comprimée par mon jean. Je l’implore :
Elle se lève, se tient nue, les poings sur les hanches face à moi. Je sens l’odeur de sa mouille.
Elle jubile, elle est tellement belle ! Et puis elle retourne à son amant, lui enfile une capote, et s’enfile sur lui en me regardant droit dans les yeux. Là, j’avoue, j’ai cru mourir de frustration. Je me suis dit, Je vais pas tenir, va falloir que je me casse d’ici. Mais je ne pouvais même pas marcher. Et je ne pouvais même pas aller à la salle de bains qui était derrière la vitre, derrière le lit. J’aurais eu l’air de quoi ! Alors j’ai subi la petite torture. Jusqu’au bout. Lina a baisé le type, encore et encore. A un moment, c’était trop fort, et j’ai éjaculé sans même me toucher. Mais je n’ai pas joui - tu vois la différence ? J’avais encore toute mon envie.
Pour pousser le game jusqu’au bout, quand ça a été fini, Lina m’a roulé une belle pelle, et chacun est parti de son côté - le mec, dans le métro, Lina sur une trottinette - et je suis resté là, abasourdi.
Mais dès le lendemain à l’aube, Lina entrait chez moi et se glissait sous la couette. Et là…
C’était il y a quelques années déjà et cette histoire ne m’est jamais sortie de la tête. Elle me revient régulièrement quand j’ai envie de passer un moment avec moi-même. Ou quand je désire une femme dont je vois la puissance. Dans l’instant, je n’ai pas bien compris la démarche de Lina. Mais aujourd’hui, je suis convaincu qu’elle avait bien saisi à quel point j’adorerais être frustré par elle. Alors bien sûr, elle s’est clairement fait plaisir, et heureusement. Mais perso, ça reste une des grandes expériences de ma vie. Et de ça, je la remercie !
crédit photo : Claudia Ramirez sur Unsplash