Latex, à fleur de kink

par Stéphanie Estournet

 

par Stéphanie Estournet

 

Prenez un corps, habillez-le de latex : selon vos goût, il deviendra terriblement excitant, ou inquiétant ; en tout cas, il ne sera pas simplement un corps vêtu mais un corps sexualisé - il ne viendrait à l’idée de personne - j’imagine - de se rendre au boulot en catsuit, ces combinaisons à même la peau en caoutchouc fin. 

Le latex fait l’effet d’une provocation à notre libido - on y est sensible ou pas. Aucune matière, pas même le cuir, ne rivalise avec son haut caractère sexualisant. A quoi tient ce fantasme ? Quelles projections fait-on sur cette matière, et pourquoi ?

 

Chapeau melon et catsuit

Un personnage de série, qui n’a pas à ma connaissance rien à voir avec les milieux fétichistes, a fait beaucoup pour le latex : il s’agit de Mrs Peel. Agent secret dans la série Chapeau melon et bottes de cuir (The Avengers), Emma Peel (Diana Rigg) est une femme brillante, indépendante, et tranquillement séductrice : célibataire, elle est experte en sciences et en arts martiaux, et n’a rien à envier aux hommes. Son sex-appeal (ou “aPeel”) est renforcé par ses fringues, robes trapèze et bottes blanches Courrège, et surtout les fameux total looks noirs (combinaison ou pantalon taille haute et blouson) près du corps en cuir, sorte de seconde peau parfois percée de fermetures à glissière ou encore ouverte sur les hanches, découvrant deux cercles de peau. 

S’ils donnent une impression de fluidité aux mouvements de Mrs Peel, ces total looks combinent à la fois le caractère sexy et dangereux du personnage. Sorte de tenues de combat, ils assurent une fluidité dans les déplacements et les bagarres. 

D’abord en cuir, les total looks de Mrs Peel évoluent vers des matières plus souples, peut-être justement pour gagner en mobilité. Le personnage reste en tout cas comme une incarnation essentielle de la combinaison “seconde peau” sexy portée par un personnage fort.

 

Fibres naturelles, brillance et confort

Aujourd’hui, le cuir est mis au rencard. On lui préfère des fibres naturelles tel le latex (issu de la sève d’hévéa) ou synthétiques élastiques comme le PVC ou l'élasthanne (également nommé lycra ou spandex). 

Fort d’un effet “seconde peau”, le latex laisse deviner les formes dans leurs détails, et pourtant le corps désiré reste à découvrir. Du côté de celui ou celle qui le porte, le latex sera recherché pour son pouvoir contenant : un enfermement rassurant, que d’aucuns rapprochent du bondage ou, plus métaphoriquement, du ventre de la mère. Pour autant, ce fétichisme ne convient pas à tout.e.s. Lors d’une première expérience, on préférera porter une petite pièce - des gants, une culotte, etc. D’abord pour s’assurer qu’on n’y est pas allergique ; ensuite parce que l’effet ne convient pas à tou.te.s. 

 

Le PVC est, lui, apprécié pour sa brillance et sa rigidité. Plus résistant que le latex, il demande également moins d’entretien et participe davantage au “paraître sexy” qu’à une recherche d’enfermement. On peut également s’habiller de “vêtements mouillés”, qui, pour secs qu’ils soient, brillent comme un lycra lustré et sont particulièrement appréciés pour leur confort. 

 

Pour conclure, et au risque de me répéter, la recherche de l’effet seconde peau est un kink qu’il convient d’aborder - comme tous les kinks - dans une écoute attentive de soi et de son/ses partenaire.s. Porter une combi en latex n’est pas un geste anodin. Documentez-vous, échangez avec des personnes expérimentées sur des forums, démarrez en portant de petites pièces comme de la lingerie… En avançant pas à pas, vous vous ouvrez un long chemin de découvertes et de plaisir. 

 

 


crédit photo : Dmitriy Suponnikov sur Unsplash