manif
par Jérémy Jourdain
Est-ce que ça t’est déjà arrivé d’être chaud et en même temps gêné par ton excitation? D’être comme le lapin bloqué devant les phares de la bagnole, le cerveau débranché?
Ce plan qui m’est arrivé, ça peut paraître rien (et d’ailleurs, je crois que je n’en ai jamais parlé avant aujourd’hui), mais il y a toujours un moment où j’y pense quand il y a une foule. Je te raconte.
Balcons et dorures
A l’occasion d’un déplacement, j’avais eu une place pour un groupe de soul que je ne connaissais pas, au KOKO, une salle mythique de ouf dans le quartier de Camden. Pour te situer l’ambiance, le KOKO est un ancien théâtre, intérieur rouges, des balcons et des dorures, entre kitsch et chic. D’ailleurs, j’y allais surtout pour la salle, un peu comme tu visiterais un monument.
Il y a un premier groupe, entracte et bière (je te rappelle qu’on est en Angleterre), et comme je suis seul, je regarde les gens. Un fille dans une robe lamée courte en mode seventies attire à la fois toute la lumière et toute l’attention - au moins des personnes qui l’entourent. Elle est très jolie mais elle est surtout très saoule. En bon mec, je me rends compte au bout d’un moment que je n’ai vu qu’elle avec ses seins libres sous sa robe, mais que toute la bande avec laquelle elle est, une demi-douzaine de personnes, est également bien éméchée. Je me dis que si on était avec mes potes ce serait un peu pareil sûrement, et la foule regagne la salle pour le concert.
En rythme au fond de la salle
La salle est pleine, ça groove gentiment. Installé tout au fond de la salle, à proximité d’une sortie, je me rends compte que la fille en lamé est à trois mètres de moi. Je la regarde danser, j’essaie d’être discret, et je me rends compte que ce n’est pas un effet d’ombre et de lumière mais bien deux mains qui sont posées sur ses seins. Qui la pelotent. Ça me fait un effet, direct. D’autant plus qu’elle ferme les yeux, elle a l’air de kiffer vraiment.
Je me dis Jérem, OK, on se calme, c’est cool, ils sont un peu déchirés tous les deux, ils s’amusent. Eh! tu m’étonnes qu’ils s’amusent ! Elle tend son cul vers lui ; lui, les mains sur ses hanches, mime une pénétration en rythme avec la musique. C’est super chaud, leur truc !
A partir de là, je suis pris entre l’envie de continuer à les mater, de savoir jusqu’où ils iront, et une impression un peu dégueu. Pour ma santé mentale, la tension s’écroule quand deux de leurs potes se pointent et discutent avec eux, apparemment à propos du concert. Et puis il y a un titre langoureux, les potes sont repartis, et la fille danse devant le mec, il la regarde avec un air mort de faim. Et là, je me rends compte qu’il se frotte tranquillement sa queue par-dessus son jean en la matant. A l’aise, le mec. Je te jure, ça me fout mal, mais en même temps, j’arrive pas à décrocher mes yeux du couple. Je suis excité, ouais, mais surtout je ne crois pas à ce que je vois.
Double “de ouf”
La fille revient contre le mec, elle titube un peu, elle est aussi très sensuelle. Elle remonte ses cheveux en dansant, dégage sa nuque. C’est là que je me rends compte que le type à bel et bien sorti sa queue. Il se branle. For real ! Autour, personne ne semble leur prêter attention à part moi.
Peut-être parce que si d’autres avaient vu, je me serais senti moins seul. Moins con. Ouais, je me suis senti con. Je ne savais pas quoi faire. J’ai bien essayé de me concentrer sur le concert, je me suis dit qu’il fallait que je bouge de là : j’étais bloqué.
La fille, en dansant, a remonté sa robe, et bientôt, il était clair que le mec l’avait pénétrée. Debout, avec des centaines de personnes autour - venues voir un concert.
Je bandais de ouf, et en même temps je me sentais mal de ouf. Et je me rends compte que te raconter cette histoire me met surtout mal à l’aise. Mais peut-être que juste je vieillis. Que d’autres que moi auraient trouvé ce moment trop cool - le fait que tous les deux se sentent libres, comme ça ! Je ne sais pas : t’en penses quoi ?
crédit photo : Raphael Schaller