par Jérémy Jourdain
par Jérémy Jourdain
“Se faire l’amour, seul.e… Est-ce que tu fais ça, toi ? Est-ce que tu prends des moments pour t’aimer, te consacrer à toi, à ce que tu ressens ?
Cette notion - se faire l’amour - je l’ai découverte assez tardivement. Avant, j’étais une sorte de bourrin, j’imagine : je me branlais encore et encore. Je me disais Tiens, je m’en taperais bien une (tu vois ce que je veux dire…). Je pouvais être n’importe où, au taf, chez des potes. Une fois que j’avais l’idée en tête, c’était fichu : je ne pensais qu’au moment (quelques secondes, en fait), où j’allais activer ma main sur mon sexe et cracher ma semence.
Corps brisé
Je ne suis pas fier de te raconter ça. Quand je me revois à cette époque, j’ai l’impression que je me résumais à ces moments, cette course à la branlette. Et puis j’ai eu un accident de moto. J’ai été immobilisé longtemps. Mon corps a été brisé, réparé (merci, merci !), il y a eu des soignant.e.s pour m’aider à y croire, pour m’aider à le remettre en marche. Le sexe était la dernière de mes préoccupations (de toute façon j’’étais convaincu que plus jamais je ne pourrais avoir de rapport).
Plus tard, quand la douleur a reculé et la mobilité progressé, j’ai ressenti à nouveau des moments de bien-être. Je me souviens d’un moment, j’étais rentré chez moi depuis quelques semaines, c’était les premiers jours du printemps, j’étais assis sur mon tapis, le dos calé contre le canapé. Le soleil découpait un rectangle qui me couvrait de sa douceur. J’ai posé mon téléphone, j’ai écouté les bruits de la ville, j’ai senti mon corps, vivant, des orteils au crâne. Je crois qu’à cet instant, j’ai pris conscience de ma chance d’être là, avec moi-même, d’être en mesure de ressentir par tous les pores de ma peau.
Cette personne dans le miroir, je la désire
Je suis bien incapable de dater cette période, mais c’est sûrement un peu plus tard que j’ai vécu ma première “vraie” expérience avec moi-même. Mon bain coule, je me regardais dans le miroir qui peu à peu s'opacifie de buée. Pour finir, je distingue un corps sexy, qui me fait envie. Je constate que je bande un peu. L’envie, elle, est bien là.
Dans le bain, légèrement assoupi, mon esprit vagabonde parmi des images douces : le galbe de mollets ronds, aperçus plus tôt sur un escalator, une main accrochée à la rampe du métro dont j’aurais bien sucé les doigts un par un.
Avec moi-même, en bonne compagnie
Dans le silence de ma salle de bains, je suis à nouveau empli de désir. Mais une chose a changé : je ne suis pas pressé. Au contraire, j’ai très envie de prendre mon temps. De me désirer. De m’aimer. Je peuxs bien faire appel à des images excitantes, je suis avec moi-même. Je touche mon corps du bout des doigts, je le pince, je ressens les vagues de plaisir dans mes reins : je ne désire rien d’autre que de me faire plaisir.
A partir de ce jour, j’ai eu une période où j’ai carrément pris du temps avec moi-même. Comme je sortais beaucoup moins, je me prévoyais des soirées où je me ferais du bien : je testais le nouveau jouet que je venais de recevoir, je regardais un film ou deux sur la plateforme de alt-porn à laquelle je m’étais abonné. Quand je repense à cette époque, j’ai un sentiment de reconnaissance envers moi-même - d’avoir fait ça pour moi.
Tu l’imagines bien : quand j’ai repris des relations avec d’autres personnes, tout a changé. Mais ça, c’est une autre histoire.
Vraiment, aime-toi, prends le temps, c’est chouette.
crédit photo : Lee Ann Cline sur Unsplash