voyeurisme
par Jérémy Jourdain
Est-ce que ça t'est déjà arrivé de vouloir et de ne pas vouloir en même temps ? De désirer un truc à fond et de soudain n’être plus sûr.e de rien ? C’est exactement ce que j’ai ressenti il y a quelques mois lors d’une relation hyper chaude. Je te raconte.
Après le boulot, je rejoins des potes pour boire un verre. On se retrouve dans un vieux bar à billards où on avait nos habitudes il y a longtemps. J’hallucine que ce soit encore ouvert. L’endroit a l’air d’avoir des siècles ! Et j’hallucine encore plus qu’il n’y ait pas que des petits vieux à casquette en tissu, bretelles et gros bidon, comme à l’époque. La table à côté de la nôtre est occupée par une bande de filles et mecs qui jouent hyper sérieusement. Nous, j’avoue, on fait les cons, on joue pour rigoler.
L’instant où je tombe amoureux
A un moment, alors qu’on renouvelle nos consos, je regarde la fille qui joue sur la table d’à côté - très jolie, en jupe années 1950 près du corps et chemisier. Sa jupe la serre tellement qu’elle a du mal à se positionner pour préparer son coup de queue (ben ouais, on dit comme ça…). Mais ça ne l’empêche pas de jouer comme une pro. Elle déchire, c’est assez fascinant à regarder ! A un moment, comme elle vient de vider la table, nos regards et nos sourires se croisent. Et là, je suis amoureux !
Trois heures plus tard, on est dans sa voiture, ses enceintes murmurent des vieux trucs de rock, on se raconte nos vies. De temps en temps, elle s’arrête sur un parking, à une station-service, même carrément sur le bas-côté, et on se roule des pelles. Elle est chaude, je suis à bloc. Mais j’ai l’impression qu’elle essaye de m’exciter encore plus : à chaque fois que je me montre entreprenant, que je m’aventure dans son décolleté ou autre, elle dit “Nan, nan, nan”. Elle se rajuste, reprend son souffle et on repart.
Elle me l’a dit dès le départ, elle aimerait un plan nature, “dans la forêt de V., je connais un spot génial”. Et puis un peu plus tard, comme je plaisante sur ma queue qui étouffe dans mon jean, elle me dit qu’elle a envie de faire un truc spécial avec moi. Et me demande si je lui fais confiance. Alors oui, je lui fais confiance. Quand tu bandes comme un âne et qu’une bombe te chauffe, comment peux-tu ne pas lui faire confiance ?
Le vrai-faux deal
C’est comme ça qu’on se retrouve au bout d’un petit chemin, en plein cœur d’une forêt. On a baissé le siège passager, elle défait doucement les boutons de ma chemise. “Si c’est OK pour toi, elle dit, on va allumer le plafonnier. On est sur un lieu d’exhib. Si ça ne te convient pas, tu me le dis : je laisse le plafonnier éteint, on fait rien, peut-être qu’il se passera des trucs et on pourra mater, et puis après on va chez moi. Tu décides.”
Moi, je suis comme un dingue. Ils peuvent bien venir mater, tous autant qu’ils sont : ce que je veux, c’est l’embrasser. Lui bouffer les seins. Lui mordiller l’intérieur des cuisses. Lui choper la toison à pleine main. Je lui dis, “Viens-là, j’ai envie de toi. J’ai envie qu’ils voient comme tu es belle.” Et je jure qu’à cet instant-là, l’idée que des mecs nous regardent me fait grave triper.
Elle déboutonne son chemisier, fait jaillir ses seins. Oh bon sang ! Je suce, je tète, je dévore. Elle gémit, semble s’abandonner à son plaisir mais se redresse soudain. Des silhouettes se sont rapprochées de la voiture, des mecs - certains ont sorti leur sexe. Les voir me fait comme une décharge électrique, le truc débile du mec qui va montrer de quoi il est capable. Je ne sais même plus si je suis excitée par le sexe ou par le fait qu’on nous regarde. J’ordonne à ma partenaire : “Suce-moi.” Elle tique un peu, approche sa bouche. Je suis sur le point d’éjaculer avant même qu’elle me suce.
Gros con, gros SUV
Et puis je réalise qu’on est entouré de mecs qui se branlent. Que je suis en train de jouer au gros con privilégié pendant que d’autres choppent ce qu’ils peuvent pour se faire du bien dans leur solitude. Alors bien sûr, c’est un plan mateurs-matés. Mais je ne sais pas, ça ne me convient pas. En fait, j’ai l’impression d’être un gros con dans un gros SUV avec des cartes de crédit plein les poches qui frime sur insta en train de regarder son nombre de like grossir. Je me sens soudain minable.
Mais ma partenaire, elle, adore. Elle va me sucer, dit-elle, et puis je la prendrai et “eux, ils en prendront plein les yeux”. Cette perspective me fait débander aussi sec. Plus rien. Zéro désir. Juste l’envie qu’on éteigne le plafonnier et qu’on se casse de là. L’impression d’être passé du film de cul au film d’horreur.
J’ai demandé à ma partenaire de me déposer. On s’est pas dit un mot. Je ne lui en voulais pas, je me sentais surtout idiot de m’être berné tout seul. D’avoir suivi seulement mon excitation sans me demander si ce truc me tentait vraiment. Quand je repense à ce moment, j’ai l’impression d’avoir fait un plan entouré de zombies excités. Ça me file la chair de poule…
crédit photo : YearOne sur Unsplash